Courses de lévriers : sport, loisirs ou torture ?

Salut à tous ! Bienvenue sur Esprit dog. Aujourd’hui, on est au cynodrome de Monteux. Il y a beaucoup de polémiques sur les courses de lévriers. Vous savez quoi ? Aujourd’hui, on est venu vérifier ça.

Premièrement, à écouter ceux qui n’y connaissent rien, je m’attendais à trouver des armes. Là, il se trouve que je vois simplement des gens qui ont le sourire, qui discutent et s’amusent. En plus, tous les chiens sont réunis entre eux. Il n’y a pas de bagarre, tout le monde à l’air cool. Ça, c’est un premier élément de réponse.

L’interview d’Odile, organisatrice de courses de lévriers

Odile : Sur le lévrier, il existe deux disciplines : le racing qui est la course de vitesse sur cynodrome et la poursuite à vue sur lièvre. Sur cette dernière, le lièvre est factice et tracté par un moteur sur terrain libre.

Esprit dog : Grosso modo, on est sur le même principe de discipline avec un leurre et ils le suivent. Sauf qu’en racing c’est un temps qui est noté alors que dans l’autre discipline ce sont les différentes aptitudes du chien. Alors on va se faire un petit plaisir, puisqu’il y a une première idée reçue, on va aller voir le lapin mort et plein de sang. On est plus sur un lapin en plastique. Donc, ça, c’est vraiment important de le souligner puisque c’est une première énorme bêtise qu’on entend quasiment tout le temps. Les gens qui n’y connaissent rien, mais qui parlent souvent, ont l’impression que vous mettez des bêtes mortes au bout d’un leurre pour les courses de lévriers, ça n’est jamais arrivé ?

Odile : Non, ça n’existe pas !

Esprit dog : Là, ils sont en train de commencer à faire ce qu’ils appellent des ouvertures de piste. Ils envoient un chien, ils s’assurent que tout fonctionne bien et dès que la piste est nickel alors ça va pouvoir commencer.

Odile : Le lévrier a besoin de courir de par sa morphologie. Mais le lévrier a également besoin de poursuivre une proie. En France, c’est interdit. Le seul moyen que les propriétaires ont trouvé pour satisfaire le besoin de chasse de ce chien, c’est de le faire poursuivre une proie factice sur un circuit fermé ou ouvert.

Esprit dog : Donc on est d’accord que la chasse est interdite pour le lévrier en France et les propriétaires et le club de race ont réfléchi à des solutions qui permettent aux différentes formes de lévriers d’être heureux. De pouvoir assouvir un besoin ancré en eux sans faire prendre de risque ni au chien ni aux gens qui sont autour. Il y a une autre chose qui marque beaucoup les gens, c’est la muselière ; pourquoi ils sont muselés ?

Odile : C’est une sécurité pour les chiens, il y a des chiens qui ne sont pas sérieux et ils pourraient s’attraper en cours de course et se blesser. Une sécurité pour l’arrivée au leurre également pour qu’ils n’attrapent pas la canne.

Esprit dog : En langage canin, ça s’appelle de l’agressivité redirigée. En gros, le chien est émotionnellement tellement dans ce qu’il fait, que tout à coup, il pourrait mordre un chien qui passerait à côté. Pas par agressivité, mais simplement parce qu’il est dans une action qui le déconnecte tellement il est content.

Odile : De plus, les muselières sont extrêmement légères. Elles sont conçues pour les lévriers. Elle leur permet également de respirer à l’intérieur.

Esprit dog : Voilà, on est sur des muselières qui permettent au chien de respirer. Et puis surtout, pour les rabat-joies, la muselière ne dure que le temps de la course. Après, on l’enlève !

Participante : Avoir un chien qui reste toute la journée à la maison ce n’est pas ce qui y a le mieux pour lui. Donc là, ça permet de partager un bon moment. J’en vois qui s’éclatent pendant les courses de lévriers. Pour ces chiens-là, c’est l’idéal. Ils se retrouvent dans un élément qui leur permet de donner le maximum d’eux même. Et surtout, c’est sécurisé.

Participant : Nous, on les sort tous les jours pour la balade comme on habite sur les bords du canal du midi. Et le Weekend pour eux, la course de lévriers, c’est un exutoire. Par rapport à une balade, on voit qu’au cynodrome ils donnent tout ce qu’ils ont. En plus, cela permet de rencontrer des gens et de voir des chiens. À refaire, je l’aurais même fait plus tôt.

Esprit dog : Aujourd’hui, tu estimes à combien le nombre de lévriers qui courent ?

Odile : Je pense que sur une année, on a, à peu près, 300 chiens qui courent.

Esprit dog : Donc tu es en train de m’expliquer que l’ensemble de tous les lévriers qui sont sur le territoire français ne court jamais ? C’est 300 qui courent et les autres milliers, LOF ou non-LOF, ne courent pas ?

Odile : Tout à fait. On doit être actuellement à 15 000 lévriers, entre les LOFS et les non-LOFS, en âge de courir. On en a que 300 qui courent.

Esprit dog : Comment tu expliques que les gens se détournent de la course de lévriers alors que d’autres disciplines sportives sont en pleins essors ?

Odile : Il y a énormément de facteurs comme l’idée reçue que ce sport est uniquement réservé au lévrier. Alors qu’en fait, ce sont des sports ouverts à tous les chiens.

Esprit dog : alors ça, c’est très intéressant parce que, sans te mentir, même moi j’étais persuadé que c’était réservé seulement aux lévriers. À chaque fois qu’on en parle, on a l’impression que c’est réservé qu’au lévrier. On a l’impression que c’est une discipline très fermée. Donne-moi juste une petite précision. J’ai deux rottweilers qui adoreraient courir ici. Est-ce que j’ai le droit de les inscrire en compétition ?

Odile : Pas du tout ! On ne peut pas. À moins que la commission nationale décide d’ouvrir la compétition aux non-lévriers ou aux lévriers non-LOF.

Esprit dog : t’es en train de me dire qu’au niveau personnel il n’y aurait pas de problème pour venir faire courir le chien, mais s’il me prend l’envie d’aller voir ce qu’on pourrait faire de façon plus officielle là on me dira non.

Odile : c’est exactement ça ! La commission nous interdit la participation de non-lévrier en compétition.

Esprit dog : Alors je pense que là, surtout si le club de race veut réhabiliter certaines activités et surtout si on veut autoriser le grand public à venir s’amuser, il va falloir faire un petit effort. Qu’est-ce que t’en penses ?

Odile : Je suis tout à fait d’accord. On devrait saisir la commission pour pouvoir permettre à des chiens, non-lévrier, de concourir. À l’étranger, ça se fait !

Esprit dog : Le monde du lévrier, s’il veut arrêter d’être stigmatisé et s’il veut faire avancer les choses il va devoir se remettre un peu en question. Parce que c’est dommage quand même que les gens pensent ce genre de choses.

Participante : Moi, je viens aux courses de lévriers du fait que ça lui plaise, ça me plait. Sinon je ne viendrais pas. Si ça ne lui plaisait pas, s’il n’avait pas envie de courir, s’il se blessait, ou quoi que ce soit, je ne viendrais pas.

Esprit dog : À la rigueur, la seule chose pour les gens un peu extérieurs, il y a cette fameuse polémique des paris. On ne va pas se mentir, c’est ça qui gênait un peu intellectuellement. Aujourd’hui, les courses de lévriers ne sont plus autorisées aux paris. Il y a eu une modification de la loi, mais cela ne veut pas dire que c’est définitif. De mon point de vue, s’il ne reste que ce point-là pour que tout le monde arrête ses bêtises, et que vous puissiez retrouver un nombre d’adhérents de membre, de chiens qui viennent s’amuser.

Ça ne me perturbe pas plus que ça. On en parle plus, on le met de côté, et ça permet d’une part d’avancer. D’autre part on se retrouve avec une compréhension de ce sport qui s’ouvre à tout le monde. Il peut aussi être extrêmement bénéfique pour tout le monde. Je trouve que ce sport est très bien pour les chiens qui ont ce type de patron-moteur et qui nécessitent ce genre de choses pour les rendre heureux.

Petit bilan de la matinée. Les gens viennent ici pour s’éclater, c’est convivial, les chiens s’amusent. Les courses de lévriers sont un jeu, un sport qui leur permet d’arriver à exploser et à lâcher tout ce qu’ils ont besoin de lâcher pour être stables intellectuellement et pour être bien aussi physiquement. Les personnes qui sont là sont aussi là pour s’amuser, qu’ils gagnent ou qu’ils perdent tout le monde est heureux. Après, bien sûr, je suis persuadé qu’il y a des dérives comme dans tous les sports. Nous sommes venu voir ici ce que ça donnait et après avoir tout regardé je peux vous dire qu’ici il n’y a pas de dérives. Et surtout, il n’y a que des gens qui sont venus pour s’amuser avec leurs chiens.

Courses de lévriers : sport, loisirs ou torture ?