Esprit Dog Chiot
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Prendre un Dogue de Bordeaux comme premier chien, il y a toujours quelqu'un pour lever les yeux au ciel. On entend tout de suite les mêmes refrains : trop gros, trop puissant, trop compliqué, pas pour débuter. Et pourtant, ce n'est pas la bonne question.
La vraie question, c'est plutôt celle-ci : est-ce que ce chien correspond à votre mode de vie, et est-ce que vous êtes prêts à l'éduquer sérieusement ?
Charlotte Gaccio et son mari viennent d'adopter un chiot Dogue de Bordeaux, leur premier chiot. Avec un chiot qui va devenir un beau bébé de plusieurs dizaines de kilos, on ne peut pas faire n'importe quoi. Mais on ne doit pas non plus raconter n'importe quoi. Non, un Dogue de Bordeaux n'est pas un monstre ingérable. Non, ce n'est pas non plus une plante verte qui dort 23 heures par jour. C'est un chien qui a besoin d'un cadre clair, d'une bonne lecture de ses besoins, et d'humains cohérents.
C'est exactement tout l'enjeu quand on démarre avec un jeune Dogue de Bordeaux de quelques mois, dans une maison avec enfants, habitudes de famille, balades, jeu, mordillements, rappel, propreté, repas et gestion de l'énergie.
Il faut arrêter avec cette idée absurde du "chien brouillon". Comme s'il fallait commencer par une race d'entraînement avant de mériter le chien qu'on aime vraiment.
Il n'existe pas de premier chien universel. Il existe des chiens qui collent plus ou moins à une personnalité, à un rythme de vie, à des attentes, à une famille. C'est tout.
Un petit chien n'est pas automatiquement plus simple. Un grand chien n'est pas automatiquement plus compliqué. Beaucoup de gens se trompent précisément parce qu'ils regardent seulement :
Alors qu'il faut regarder :
Oui, il y a des races qui conviendront mal à certains foyers. Mais dire à quelqu'un "ce n'est pas un chien pour commencer" sans expliquer pourquoi, ça ne sert à rien. Le bon conseil, c'est celui qui aide à choisir lucidement, pas celui qui juge de haut.
Dans le monde du chien, il y a encore beaucoup trop de discours élitistes. Des gens qui se comportent comme si vouloir un chien était un privilège réservé à une caste d'initiés. C'est ridicule.
Quand une famille cherche à bien faire, pose des questions, compare des élevages, s'intéresse à la race, elle devrait être accueillie, orientée, accompagnée. Pas méprisée.
Parce qu'ensuite, on reproche aux gens les "erreurs de casting". Mais si personne ne conseille correctement avant l'adoption, comment éviter les mauvais choix ?
Le Dogue de Bordeaux est un chien puissant, massif, expressif, avec une vraie présence. Mais il ne faut pas le caricaturer.
Ce chien doit être dynamique. Pas dans l'excès, mais dans une vraie vie de chien. Il doit sortir, explorer, renifler, marcher, interagir, vivre.
Ce qu'il faut comprendre, c'est le juste milieu :
Le piège, c'est de tomber dans un extrême ou dans l'autre.
Sur ce type de race, il faut aussi être honnête sur un point : certains chiens sont sélectionnés de manière trop excessive. Têtes ultra écrasées, morphologies lourdes à l'excès, respiration compliquée, fragilités accrues.
Et là, forcément, on se retrouve avec des chiens moins fonctionnels.
Un Dogue de Bordeaux bien construit doit pouvoir bouger correctement. Il faut aussi surveiller sa courbe de poids très tôt. Trop lourd, trop vite, et ce sont les articulations qui paient l'addition plus tard.
Plus un chien est destiné à devenir grand et lourd, plus il faut être vigilant pendant sa croissance.
Le principe est simple : on évite au maximum les accélérations folles et les efforts brutaux.
Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas sortir le chiot. Au contraire. On peut marcher, se balader, prendre le temps. Mais il faut du bon sens.
Une sortie lente, riche en odeurs, où le chien avance tranquillement, n'a rien à voir avec une activité explosive. Ce qu'on veut, c'est accompagner la croissance sans casser le corps.
Votre Dogue de Bordeaux est adulte et vous souhaitez parfaire son éducation ou tout simplement partager plus avec lui !
Sur la propreté, il y a un point très clair : quand on s'investit fort au départ, les résultats arrivent vite.
Un chiot qui a compris la propreté en quinze jours à trois semaines, ce n'est pas de la magie. C'est simplement le résultat d'une vraie implication au bon moment.
Évidemment, on peut aller plus lentement. Mais quand on laisse traîner, on garde souvent pendant des mois ou même des années un chien "presque propre", avec les petites bêtises de temps en temps.
Faire l'effort au début, même si ça pique un peu sur le sommeil, permet ensuite de vivre beaucoup plus sereinement au quotidien.
Un Dogue de Bordeaux ne passe pas inaperçu. Et ça, il faut l'avoir en tête dès le départ.
Quand on choisit un chien imposant, il y a deux réalités à accepter.
Voir le chiot tôt aide souvent les proches à garder cette image du "petit" même quand il deviendra énorme. C'est tout bête, mais ça change beaucoup de choses dans la relation.
Il faut aussi multiplier les contacts positifs avec l'entourage pour que le chien soit à l'aise avec eux, et eux avec lui.
Avec un grand chien, on vous posera sans arrêt les mêmes questions. "Il est gentil ?" Comme si sa taille suffisait à créer un doute.
Et c'est là qu'entre la responsabilité du maître.
Un chien de 60 kilos mal éduqué peut faire plus de dégâts qu'un petit chien tout aussi mal éduqué. Donc oui, avec un grand gabarit, il faut être carré (et il faudrait l'être aussi avec les plus petits chiens d'ailleurs, mais là n'est pas le sujet d'aujourd'hui). Pour la sécurité, pour la vie de famille, mais aussi pour ne pas nourrir la peur de ceux qui n'aiment pas les chiens ou qui s'en méfient.
Le but, ce n'est pas de convaincre tout le monde d'aimer les chiens. Le but, c'est de faire en sorte que chacun puisse vivre normalement autour d'eux.
Tous les chiens n'obéissent pas pour les mêmes raisons. C'est capital.
Sur certaines races très orientées vers l'humain, comme le Border Collie, le chien peut revenir d'abord pour faire plaisir, puis comprendre ensuite le sens de l'exercice.
Sur un Dogue de Bordeaux, on est souvent sur un chien plus décisionnaire. En gros, il veut savoir ce qu'il gagne, ce qu'il comprend, ce qu'on attend précisément de lui.
Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est une autre manière de fonctionner.
Quand on travaille le "au pied" ou le rappel, il faut être méthodique et très clair.
Ce point est super important sur ce type de chien. Il comprend alors ceci : si je reviens vers mon humain, il me donne accès à ce qui m'intéresse. C'est lui qui débloque la solution.
Autrement dit, revenir n'est pas une frustration. Revenir est rentable.
Quand on obtient une première réponse correcte, on recommence tout de suite. Puis encore. Puis encore.
L'enchaînement rapide aide le chien à se conditionner :
Plus il agit vite, plus il obtient vite ce qu'il veut. Et ça, c'est extrêmement puissant.
Tant que le rappel n'est pas propre dans un cadre simple, inutile de vouloir le tester directement dans des situations ingérables avec d'autres chiens, de l'excitation et mille distractions.
Chez un chiot, mordiller est normal. C'est même central dans sa manière d'interagir avec le monde.
Le problème n'est pas qu'il utilise sa gueule. Le problème, c'est s'il appuie, s'il déborde, s'il ne sait pas s'arrêter, ou si tout est toujours à son initiative.
On veut un chien capable d'ouvrir la gueule, de prendre, de jouer, de mordiller, sans jamais appuyer. C'est ce qu'on appelle la morsure inhibée.
C'est un apprentissage qui commence normalement avec la mère et la fratrie. Entre chiots, quand l'un mord trop fort, l'autre proteste. Le jeu se régule comme ça.
Le rôle de l'humain, ensuite, ce n'est pas de supprimer toute utilisation de la gueule. C'est de prolonger cet apprentissage.
Si on interdit au chiot de mordiller les mains, puis de lécher, puis d'attraper, puis de jouer avec la bouche, on finit par lui couper quasiment son premier mode de communication avec nous.
Le chien interagit énormément avec sa gueule. Lui enlever ça complètement, ce n'est pas de l'éducation. C'est un appauvrissement de la relation.
La bonne logique, c'est :
Si le chiot aime la bagarre, le jeu au sol, les petites prises de main, très bien. Mais il faut aussi que l'humain lance le jeu de temps en temps, y mette de l'énergie, accepte la règle, puis y mette fin clairement.
Par exemple :
Comme ça, le chiot apprend que l'excitation existe, mais qu'elle se referme aussi. Et surtout, qu'elle est pilotée.
C'est particulièrement utile avec les enfants, parce que plus ce besoin est correctement vécu dans un cadre contrôlé avec les adultes, moins il va chercher à le décharger n'importe comment ailleurs.
On entend encore parfois qu'il faudrait hurler quand le chiot mordille pour l'arrêter net. C'est une simplification maladroite.
Oui, dans le monde canin, l'expression vocale existe quand un chiot dépasse les bornes. Mais ça ne veut pas dire qu'il faut se mettre à pousser des cris mal maîtrisés en espérant créer de la peur.
Pourquoi ? Parce que si c'est mal fait, le chien ne comprend rien, monte en tension, ou développe des réponses inadaptées.
Faire peur n'est pas le but. Le but est de poser des limites cohérentes, lisibles, stables.
Un chiot qu'on réveille, qu'on sollicite, qu'on fait travailler, puis qu'on fait jouer, va forcément avoir un niveau d'éveil qui monte. Ensuite, il faut l'aider à redescendre.
Quand il renifle partout, cherche une bêtise à faire, scanne l'environnement, on est souvent dans ce moment précis. Il ne sait plus très bien quoi faire de son énergie.
Le travail, à ce moment-là, c'est :
Pas besoin de s'énerver. Pas besoin de grimper au plafond. Mais il faut de la conviction. Quand on dit non, il doit sentir qu'on lui parle vraiment à lui, avec une énergie claire.
Le chien est une éponge à énergie. Si vous doutez, il le sent. Si vous êtes flou, il le sent. Si vous êtes tendu, il le sent. Si vous êtes stable, il le sent aussi.
Beaucoup de gens reprennent le chien, puis restent bloqués à le surveiller d'une manière lourde, oppressante, comme s'ils attendaient la prochaine faute.
Ça, c'est contre-productif.
On recadre, puis on passe à autre chose. On reprend sa discussion, sa vie, son calme. Le fait d'être snobé après le recadrage est souvent bien plus frustrant pour le chiot qu'un long moment de tension.
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Avantages
Quand un chiot s'excite ou cherche à mordiller, proposer un jouet peut être utile. Mais il faut garder une logique simple.
On propose une alternative. Si le chiot n'en veut pas, on ne part pas dans une tournée des cinquante jouets pour trouver celui qui lui convient.
L'idée, c'est :
Sinon, on crée un chien qui apprend que son agitation commande le service.
Un chiot qui mange moins le matin et davantage le soir, ce n'est pas forcément inquiétant.
Il faut regarder l'ensemble de sa ration sur une journée complète. Si le chien s'autorégule et consomme globalement ce dont il a besoin sur 24 heures, il peut tout simplement avoir trouvé son rythme.
Le piège, c'est de reporter systématiquement le non mangé du matin sur le repas du soir. Dans ce cas, on renforce ce fonctionnement.
Avec les grands chiens, il y a un point de vigilance majeur : le retournement d'estomac.
Si le chien mange beaucoup en une fois, on évite absolument derrière :
Après le repas, c'est repos.
La socialisation, ce n'est pas jeter le chiot dans n'importe quelle situation "pour l'habituer". C'est l'exposer intelligemment à des choses qu'on peut encadrer.
Le cas de la sortie d'école est typique. Sur le papier, montrer des enfants à un chiot semble être une bonne idée. En pratique, si des dizaines d'enfants crient, s'excitent, arrivent dessus, veulent toucher, attraper, envahir, ça peut devenir n'importe quoi.
Le bon critère n'est donc pas "est-ce que c'est bénéfique en théorie ?"
Le bon critère, c'est : est-ce que je contrôle suffisamment ce qui va se passer pour que ce soit bénéfique en vrai ?
Si la réponse est non, on n'y va pas.
Et ce n'est pas un échec. C'est du bon sens.
Dans une famille avec enfants, le départ et le retour de l'école créent déjà une belle dynamique émotionnelle. Si le chiot reste seul à la maison pendant ce moment, il peut apprendre quelque chose d'intéressant : après un temps de solitude, il se passe toujours quelque chose de chouette.
Ça peut donc aussi soutenir l'apprentissage de la solitude.
Quand un jeune chien vit avec des enfants, il les perçoit très souvent comme ses grands copains. Plus précisément, comme des êtres un peu de son monde, un peu de son âge, avec qui on fait des câlins, avec qui on s'agite, avec qui on joue.
Ça explique beaucoup de choses :
Une partie de ces comportements s'atténuera naturellement avec la maturité. Le chiot va grandir, se poser, mieux se réguler.
Mais en attendant, il faut organiser la cohabitation intelligemment.
Ces interactions sont intéressantes parce qu'elles sont lisibles, rassurantes, courtes, et qu'elles donnent un résultat immédiat.
Si le chien ne voit les enfants qu'à l'intérieur, tout se mélange très vite. Ils existent ensemble dans un espace fermé, s'observent, se suivent, réagissent les uns aux autres en permanence.
À l'extérieur, chacun peut exister séparément :
Et ça, c'est précieux. Le chien apprend que les enfants peuvent s'agiter sans que cela nécessite son intervention. Les enfants apprennent à être là sans être collés à lui. Ensuite, à la maison, tout devient plus simple.
Évidemment, il faut que ce soit faisable dans la vraie vie. Pas besoin de fantasmer un quotidien parfait. Quelques balades en plus quand c'est possible, c'est déjà très bien.
Beaucoup de familles angoissent à l'idée de "l'adolescence" du chien, comme si un matin il allait se réveiller en mode catastrophe.
Ça ne se passe pas comme ça.
Un chien ne passe pas de parfait à infernal entre lundi et mardi. Ce qu'on appelle l'adolescence est une évolution progressive. Il y a des petits changements, des tests, des variations, des réajustements.
Le vrai danger, ce n'est pas l'adolescence. Le vrai danger, c'est de ne pas vouloir voir qu'un comportement dérive depuis des semaines ou des mois.
Si on reste honnête sur ce qu'on observe, si on corrige au fur et à mesure, si on garde le cadre, il n'y a rien de dramatique.
Parfois, ça se passe même tellement bien qu'on remarque à peine que cette période est passée.
Le Dogue de Bordeaux impressionne par son gabarit, mais il ne faut pas se laisser piéger par l'image. Derrière la grosse tête et la puissance, on a un chien sensible, drôle, expressif, attachant, et très bien capable de vivre une belle vie de famille.
À condition d'être lucide.
Pas dans la peur. Pas dans l'interdiction permanente. Pas dans les clichés.
Dans le bon sens, le cadre, la lecture du chien et la régularité.
Et non, prendre un Dogue de Bordeaux en premier chien n'est pas une folie.
La folie, ce serait de prendre n'importe quel chien sans réfléchir à ce qu'il est vraiment.
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