La folle vie de Vincent Lagaf’ et ses 17 chiens

Avec Vincent Lagaf', les chiens n'ont jamais été un décor, encore moins un accessoire. Dans cet échange avec l'éducateur canin Tony Silvestre, il raconte une vie entière construite autour d'eux. Dix-sept chiens au total, des coups de foudre, des drames, des sauvetages, des bêtises monumentales et surtout une idée qui ne bouge jamais : un chien est un être vivant, pas un objet.

Chez lui, tout part de là. L'amour, la responsabilité, les erreurs qu'il faut assumer, les joies immenses, et cette conviction qu'on ne prend pas un chien parce que ça fait bien, parce que ça impressionne ou parce que les enfants en veulent un. On le prend parce qu'on accepte de partager sa vie avec lui pendant dix à quinze ans, avec tout ce que ça implique.

Une histoire qui commence dans une niche

L'histoire remonte à l'enfance. Vincent explique qu'il a été adopté, et qu'à cette époque il passait beaucoup de temps chez ses grands-parents adoptifs. Son grand-père avait un chien, Yago, attaché à sa niche. Lui, au lieu de rester à distance, passait son temps dans la niche avec le chien. C'est là, très tôt, que quelque chose s'est installé.

Un jour, il a voulu promener Yago. On lui a dit non. Il a quand même pris le chien, sans permission, et l'a perdu. Le chien est revenu, heureusement, mais la leçon était là : il était encore trop petit, et c'est surtout le chien qui l'avait promené.

Plus tard, il a attendu d'avoir les conditions de vie qu'il jugeait dignes pour eux. Il a bien commencé en appartement avec une petite caniche naine, mais il savait déjà qu'il voulait de l'espace. Non pas pour cocher une case, mais pour pouvoir jouer, bouger, vivre réellement avec ses chiens.

Le premier coup de folie : sauver une chienne de sa cage

Le tout premier grand coup de cœur s'appelait Canelle, une caniche naine. À cette période, Vincent adorait les rats. Il en avait eu plusieurs, très apprivoisés, très intelligents, avec lesquels il jouait vraiment. Puis un jour, dans une animalerie, il est tombé sur cette petite caniche enfermée dans une cage minuscule, dans un état qui l'a révolté.

Ce qu'il ne supportait pas, c'était l'idée de laisser cette chienne dans de telles conditions. Alors il l'a prise, l'a cachée sous son blouson, et il est parti avec elle.

Le geste est raconté avec son franc-parler habituel, mais le fond est limpide : chez lui, la relation au chien a toujours été viscérale, spontanée, parfois excessive, mais jamais superficielle.

Dix-sept chiens, et jamais une mode

Quand Tony lui demande combien il en a eus au total, Vincent répond simplement : 17. Le nombre est énorme, mais il ne raconte pas une collection. Il raconte une vie.

Il n'a jamais fonctionné par effet de mode ni par race fétiche à tout prix. Les chiens sont souvent arrivés par coup d'amour. Avec le temps, il a découvert les molosses, notamment grâce à Franck Gastambide, qui possédait un Rottweiler extraordinaire. C'est là qu'il a commencé à aimer ces chiens injustement catalogués comme méchants par beaucoup de gens.

En allant chercher un rottweiler dans un élevage, il a vu aussi un Cane Corso. Entre lui et ce chien, quelque chose s'est passé immédiatement. Résultat : il est reparti avec les deux.

Ce détail résume assez bien le personnage. Lorsqu'un lien se crée, il ne discute pas longtemps.

Spike, le chien qui l'a le plus marqué

Parmi tous ses chiens, il y en a un qui a laissé une empreinte à part : Spike.

Spike était le fils de Soé. À sa naissance, Vincent l'a trouvé inerte. La mère l'avait mis de côté. Il a alors retiré ce qui obstruait son nez, soufflé, stimulé le petit, et le chiot est finalement revenu à lui et à la vie. À partir de cet instant, Vincent savait déjà qu'il le garderait.

Spike est devenu un chien hors norme à ses yeux. Un chien capable de tout comprendre, avec une connexion très forte. Mais son histoire montre aussi à quel point les chiens sont sensibles à leur environnement et à leur groupe social.

Quand Spike s'est retrouvé seul après avoir vécu avec plusieurs autres chiens, il a mal vécu cette solitude. Vincent et Nathalie ont alors cherché une compagne pour lui dans un chenil. Ils y ont trouvé une chienne croisée staff et labrador, née d'une chienne saisie après l'arrestation de son propriétaire. La petite n'avait connu que les barreaux.

Elle ne connaissait rien.

  • Ni les mouettes
  • Ni les voitures
  • Ni une gamelle
  • Ni un jet d'eau
  • Ni les grands espaces
  • Ni la plage

Spike lui a tout appris. Vincent décrit cet apprentissage comme quelque chose d'incroyable. Le chien a servi de repère, de guide, presque de professeur.

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Le drame de l'appartement et le retournement d'estomac

Quand la maison a été détruite pour être reconstruite, le couple a dû vivre en appartement. Pour Spike, qui avait toujours vécu sur un vaste terrain de 6000 m², le changement a été brutal.

Vincent a le sentiment que ce chien n'a jamais réellement accepté cette nouvelle vie. Il raconte des nuits troublantes où Spike venait vérifier de chaque côté du lit que tout allait bien, comme s'il faisait une ronde avant de partir.

Puis un soir, après avoir mangé, le chien a fait un retournement d'estomac et il est parti.

Tony prend alors le temps de rappeler un point capital sur cette urgence vétérinaire :

  • Les grands chiens sont plus exposés
  • Un estomac plein augmente le risque
  • Le chien essaie souvent de vomir sans y parvenir
  • Le ventre peut gonfler très vite
  • Chaque minute compte

Le stress peut aussi entrer en ligne de compte. Dans ce cas précis, Vincent reste persuadé que le changement de vie, la perte de ses repères et l'isolement ont pesé très lourd. Il dit même avoir eu la sensation que Spike s'était laissé mourir.

Le cimetière de ses 17 chiens

Chez Vincent, les chiens ne disparaissent pas dans l'oubli. Tous finissent chez lui, dans un cimetière aménagé sur la propriété. Chaque tombe a sa plaque de marbre gravée.

Ce n'est pas quelque chose de courant mais pour Vincent, c'est presque une évidence. Quand on prend un chien, on va jusqu'au bout. On ne l'aime pas à moitié, et on ne tourne pas la page comme s'il s'agissait d'un meuble.

Depuis des années, il dit même qu'eux n'habitent pas chez eux. C'est eux qui habitent chez leurs chiens.

Les deux American Staffs et Nimbus

Les deux American Staffs qu'il a aujourd'hui sont arrivés après une autre histoire forte. Un jour, dans une exposition canine, Nathalie s'est arrêtée devant une cage. Un staff noir et blanc, magnifique, l'avait littéralement happée du regard. Le contact a été immédiat. La responsable du chien a expliqué qu'il avait déjà été adopté deux fois, et que ça s'était mal passé à chaque fois.

Elle hésitait à le laisser repartir une troisième fois. Puis elle est venue voir sur place comment les chiens vivaient chez eux. Là, elle a accepté.

Ce chien s'appelait Nimbus.

Vincent garde de lui le souvenir d'un chien qui "parlait", avec des intonations différentes selon ce qu'il voulait exprimer. Sortir, jouer, être tranquille, tout passait par une palette de sons très précise. Pour lui, certains chiens développent une richesse relationnelle qu'on sous-estime complètement.

Après sa mort, le couple est retourné voir l'éleveuse. Une chienne allait avoir une portée. Cette fois, Vincent en a pris deux d'un coup.

Les chiens dits dangereux ne naissent pas comme ça

Sur les molosses, Vincent a une position très nette. Pour lui, ces chiens ne s'élèvent qu'à la gentillesse. Plus on les brutalise, plus on fabrique de la dangerosité. Plus on les respecte, plus on obtient des chiens stables.

Son expérience avec les rottweilers, cane corso et staffs nourrit cette conviction. Il ne nie pas la puissance de ces races. Il dit simplement que le problème vient bien plus de l'humain que du chien.

Tony partage d'ailleurs cette ligne de fond au fil de l'échange : comprendre le chien, poser un cadre, l'éduquer, et ne jamais le réduire à son apparence ou à sa réputation.

Pourquoi les chiens lui sont indispensables

Quand Tony lui demande s'il se voit vivre toute sa vie avec des chiens, la réponse est immédiate : oui.

Vincent explique qu'il a besoin d'échanger avec eux. Il a besoin de sentir qu'un être vivant dépend de lui. Pas dans un rapport de domination, mais dans un rapport de responsabilité. Donner à manger, vérifier que tout va bien, sortir, promener, soigner, observer, être là.

Pour lui, les chiens sont aussi un antidépresseur immense. Quand tout l'agace, quand les gens l'épuisent, il prend les laisses et part dans la colline. Il parle d'un rocher situé à quelques centaines de mètres, d'où l'on voit jusqu'aux îles. Là, avec les chiens, il retrouve quelque chose d'essentiel.

Son moment préféré est encore plus simple : le matin, quand la porte s'ouvre et que les chiens montent délicatement sur le lit, l'un après l'autre, pour venir s'appuyer sur lui. Pas de grand cinéma. Juste le poids d'un cou, un museau, une présence. C'est ce type de détail qui dit le mieux ce qu'ils représentent dans sa vie.

Un besoin d'amour qui remonte loin

À la question de l'origine de cet amour des animaux, Vincent donne une réponse très personnelle. Il relie cela à son histoire, à son passage par l'assistance publique, à son adoption, à ce besoin ancien d'avoir quelque chose à lui qui l'aimerait vraiment et inversement.

Il dit aussi que son métier s'est construit autour d'un besoin de recevoir l'amour des gens. Avec les chiens, il a trouvé une forme de lien plus direct, plus honnête. Donner de l'amour à un chien, selon lui, c'est presque être certain d'en recevoir en retour, souvent de manière décuplée.

Et c'est là qu'il pose une différence fondamentale avec l'humain : un chien, lui, ne cherche pas à manipuler ou à tromper.

Peut-on revivre une connexion aussi forte qu'avec un chien marquant ?

Spike a été un chien à part. Mais Vincent ne pense pas que ce type de relation n'arrive qu'une fois dans une vie. Pour lui, on peut revivre une connexion immense avec d'autres chiens, à condition de les aimer pour ce qu'ils sont.

Chaque chien est différent. La complicité aussi.

Avec ses chiens actuels, il vit des choses qu'il n'a vécues avec aucun autre. Pas mieux, pas moins bien, autrement. Cette nuance est importante. Chercher à retrouver exactement le même chien est une impasse. En revanche, être disponible à une nouvelle histoire, ça, oui.

Un chien n'est pas une idée mignonne, c'est une responsabilité

Sur ce sujet, Vincent est très direct. Il rappelle qu'on n'est pas obligé d'avoir un chien. Et que si ce n'est pas le bon moment, ce n'est pas grave.

En revanche, lorsqu'on en prend un, il faut savoir à quoi on s'engage :

  • Du temps à consacrer
  • Des sorties quotidiennes
  • Des contraintes de vacances
  • Des imprévus
  • Des opérations vétérinaires
  • Un vrai budget
  • Une présence régulière
  • Une éducation cohérente

Il insiste aussi sur le fait qu'un chien n'est ni un cadeau ni un symbole social. On ne le prend pas parce qu'il fait peur, parce qu'il est à la mode, ou parce qu'il "fait bien". Il le compare à un être vivant dont il faut comprendre les besoins : manger, bouger, apprendre, être félicité, être recadré parfois.

Pour lui, aimer un chien, c'est accepter tout ça sans tricher.

L'abandon : responsabiliser et punir

Le sujet de l'abandon revient avec force dans la discussion. Vincent constate qu'en France, les abandons restent massifs chaque année. Pour lui, cela prouve que ce qui est mis en place ne suffit pas.

Sa position est très tranchée : il faut responsabiliser davantage, et il faut aussi punir réellement. Abandonner un chien ne devrait pas être une facilité tolérée de fait. Il parle même de cas effroyables, comme celui de ce plongeur qui a retrouvé un chien noyé avec une ancre. Pour Vincent, quelqu'un capable de faire ça est dangereux.

Son idée est simple : si l'on veut lutter contre l'abandon, il faut arrêter de banaliser le passage à l'acte.

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Les personnes âgées et leurs chiens : un lien vital

Un des passages les plus touchants de l'échange concerne les personnes âgées. Vincent dit adorer voir les papis et les mamies avec leurs vieux chiens. Dans beaucoup de cas, ce sont les seuls êtres vivants à qui ils parlent vraiment, et les seuls qui les regardent avec un amour constant.

Le chien devient alors :

  • Une raison de sortir
  • Une routine
  • Une présence
  • Une responsabilité
  • Un soutien affectif majeur

Il critique le fait que beaucoup de structures refusent aujourd'hui de confier un chien à une personne âgée uniquement à cause de son âge. Pour lui, c'est souvent absurde. Il estime qu'on devrait plutôt réfléchir à des solutions d'accompagnement ou de relais en cas de problème, afin de permettre à ces personnes de vivre ce lien plutôt que de le leur interdire.

Il va même plus loin : refuser un foyer aimant à un chien qui vit déjà mal en box, simplement parce que tous les critères administratifs ne sont pas cochés, lui paraît parfois complètement déconnecté de la réalité.

Les vacances sacrifiées, et assumées

Vincent le dit sans détour : cela fait des années qu'ils ne partent pas en vacances. Pas parce qu'ils ne pourraient pas, mais parce qu'ils ne veulent pas laisser les chiens dans une pension et ne veulent pas non plus que quelqu'un vienne s'en occuper chez eux.

Certains trouveront cela excessif. Lui l'assume totalement. Il dit même qu'ils aiment peut-être trop leurs chiens. Mais à ses yeux, on n'aime jamais trop quand il s'agit de ceux avec qui on partage sa vie.

La seule perspective qui lui plaît vraiment serait un camping-car pour partir avec eux.

"Je suis une tête de con" : le chien qu'il serait

Quand Tony lui demande quel type de chien il serait lui-même, Vincent répond sans hésiter qu'il serait une tête de con. Quelqu'un de difficile à gérer, qui part au quart de tour sans toujours savoir pourquoi.

S'il devait choisir une race, il se verrait bien en bon gros rottweiler. Un pépère, oui, mais à qui il ne faut pas casser les pieds. Il cite d'ailleurs Mao et Soé comme des chiens dans lesquels il pourrait volontiers se réincarner.

Comprendre les chiens avant de les juger

À un moment, les deux chiens présents échangent vocalement entre eux. Vincent précise immédiatement qu'il ne s'agit pas d'agressivité. Ce sont, selon lui, deux frères et sœurs un peu asociaux qui se parlent simplement à leur manière.

Ce détail compte, parce qu'il rejoint tout le fond de la discussion : beaucoup de gens interprètent mal les comportements canins. Ils projettent de la violence là où il y a parfois seulement de la communication, de l'excitation, de la tension contrôlée ou des codes qu'ils ne savent pas lire.

C'est aussi pour cela que l'éducation canine et la connaissance du langage du chien restent si importantes.

Ce que cette vie avec 17 chiens dit vraiment

Au fond, ce que raconte Vincent Lagaf' dans cet échange avec Tony Silvestre, ce n'est pas seulement une suite d'anecdotes folles. C'est une philosophie très nette de la vie avec un chien.

Cette philosophie tient en quelques principes simples :

  • Un chien ne se prend pas à la légère
  • On ne choisit pas un chien comme un accessoire
  • La puissance d'une race ne dit rien de sa gentillesse
  • L'éducation et l'environnement comptent énormément
  • Le lien se construit par le temps, l'attention et l'amour
  • La responsabilité du maître est totale
  • L'abandon doit être traité avec beaucoup plus de sérieux
  • Les chiens apportent un soutien émotionnel immense

Et peut-être surtout : quand on donne vraiment à un chien, il rend énormément.

Chez Vincent, cette vérité n'a rien d'abstrait. Elle est gravée dans 17 histoires, 17 noms, 17 vies, et un cimetière entier qui rappelle que pour lui, aimer un chien, c'est l'aimer jusqu'au bout.

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